
Avant de parler de range, commençons par une main.
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Au Texas Hold’em, chaque joueur reçoit deux cartes privatives. Par exemple, A♠ 2♠ désigne une main de départ précise : l’as de pique et le deux de pique. L’ordre des deux cartes n’a pas d’importance : A♠ 2♠ et 2♠ A♠ désignent la même main.
Dans une partie, on reçoit toujours une main précise. Pourtant, pour étudier le jeu, les joueurs utilisent souvent des notations plus larges. Par exemple, ils écrivent A2s pour désigner toutes les mains composées d’un As et d’un 2 de la même couleur.
La lettre s vient de l’anglais suited, que l’on peut traduire par « assorti ». Ainsi, A2s regroupe quatre mains précises : A♠ 2♠, A♥ 2♥, A♦ 2♦ et A♣ 2♣.

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On appelle alors main générique une notation comme A2s : elle ne désigne pas une main précise unique, mais une catégorie de mains précises ayant la même structure.
Cette distinction est essentielle pour comprendre les ranges. Une range est un ensemble de mains de ce type, choisies ou attribuées dans une situation donnée.
Pour étudier le poker, on regroupe les mains précises dans des notations plus larges. Ces notations ne décrivent pas toujours deux cartes exactes, mais une famille de mains possibles. Une paire comme AA désigne toutes les façons de recevoir deux As. Une main comme A2s désigne toutes les mains As-Deux assorties. Une main comme A2o désigne toutes les mains As-Deux non assorties. Ces notations sont pratiques, car elles permettent de construire des tableaux de ranges lisibles.
En fait, dans les grilles de ranges au Texas Hold’em, on utilise habituellement 169 mains génériques : 13 paires, 78 mains assorties et 78 mains non assorties. Cette représentation sous forme de grille 13 × 13 est le format classique pour visualiser les mains de départ et les ranges.

Les paires occupent la diagonale, de AA à 22. Au-dessus de cette diagonale, on place généralement les mains assorties, notées avec un s pour suited. En dessous, on place les mains non assorties, notées avec un o pour offsuit. Cette organisation permet de lire rapidement une range : plus une zone est colorée, plus elle appartient à l’ensemble de mains sélectionné.
PokerStrategy propose notamment une définition de la range au poker, tandis que GTO Wizard détaille les bases combinatoires du Hold’em avec les 1 326 combinaisons possibles de deux cartes privatives.
Enfin, pour manipuler concrètement ces notations, j’ai créé un éditeur de ranges poker sur site2wouf. Il permet de visualiser une grille de mains, de sélectionner des cases, de construire ses propres ranges et de passer plus facilement d’une notation abstraite comme A2s ou KQo à une représentation visuelle exploitable.
| Notation | Nom | Ce que cela signifie | Nombre de mains précises / combos | Exemple |
|---|---|---|---|---|
| AA | Paire | Deux cartes de même valeur | 6 | A♠ A♥, A♠ A♦, A♠ A♣... |
| 77 | Paire | Deux sept | 6 | 7♠ 7♥, 7♠ 7♦, 7♠ 7♣... |
| A2s | Main assortie | Un As et un 2 de la même couleur | 4 | A♠ 2♠, A♥ 2♥, A♦ 2♦, A♣ 2♣ |
| KQs | Main assortie | Un Roi et une Dame de la même couleur | 4 | K♠ Q♠, K♥ Q♥, K♦ Q♦, K♣ Q♣ |
| 98s | Connecteur assorti | Deux cartes consécutives de la même couleur | 4 | 9♠ 8♠, 9♥ 8♥, 9♦ 8♦, 9♣ 8♣ |
| A2o | Main non assortie | Un As et un 2 de couleurs différentes | 12 | A♠ 2♥, A♠ 2♦, A♠ 2♣... |
| KQo | Main non assortie | Un Roi et une Dame de couleurs différentes | 12 | K♠ Q♥, K♠ Q♦, K♠ Q♣... |
| AK | Main sans précision de couleur | AKs et AKo réunis | 16 | 4 combos assortis + 12 combos non assortis |

Pour une paire comme AA, il faut choisir deux As parmi les quatre As du paquet : A♠, A♥, A♦ et A♣. Le nombre de choix possibles est donc 6 : A♠ A♥, A♠ A♦, A♠ A♣, A♥ A♦, A♥ A♣ et A♦ A♣.
Pour A2s, les deux cartes doivent avoir la même couleur. Il existe quatre couleurs possibles : pique, cœur, carreau et trèfle. On obtient donc quatre mains précises : A♠ 2♠, A♥ 2♥, A♦ 2♦ et A♣ 2♣.
Pour A2o, on choisit d’abord la couleur de l’As, ce qui donne quatre possibilités. Pour chaque As choisi, le 2 peut avoir l’une des trois autres couleurs. On obtient donc 4 × 3, soit 12 mains précises.
La notation AK regroupe AKs et AKo.
Et il y a 4 combos assortis et 12 combos non assortis, soit 16 combos au total.
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Travailler avec des ranges permet de ne pas jouer chaque main comme un cas isolé. Au lieu de se demander seulement « est-ce que ma main me plaît ? », on se demande plutôt : dans cette position, avec cette profondeur et face à cette action, quelles mains ai-je envie de jouer ? Les ranges donnent donc un cadre de décision. Elles ne remplacent pas la réflexion, mais elles évitent de repartir de zéro à chaque coup.
Dans cet article, on se place surtout dans le contexte du poker en ligne en micro limites, sur des tables short-handed, c’est-à-dire avec peu de joueurs : souvent 5-max ou 6-max. Ce format est fréquent en ligne et il est intéressant pour progresser, car les situations reviennent vite : ouverture au bouton, défense de grosse blinde, vol de blindes, 3-bet, call en position, etc. Les ranges deviennent alors un outil de travail très concret.
Le format short-handed oblige aussi à jouer plus de mains qu’en table pleine. À six joueurs ou moins, les blindes reviennent plus souvent, les positions tardives prennent beaucoup d’importance, et attendre uniquement les très grosses mains devient insuffisant. C’est précisément pour cela qu’un travail avec les ranges est utile : il aide à élargir son jeu de manière structurée, sans tomber dans le hasard ou l’excès d’agressivité.
En 6-max, on rencontre généralement les positions suivantes :
| Position | Nom courant | Rôle général |
|---|---|---|
| UTG | Under The Gun | Première position à parler avant le flop : range généralement serrée. |
| MP | Middle Position | Position intermédiaire : on peut élargir un peu par rapport à UTG. |
| CO | Cutoff | Position tardive : bonne position pour voler les blindes et ouvrir plus large. |
| BU | Bouton | Meilleure position postflop : range d’ouverture souvent la plus large. |
| SB | Small Blind | Position délicate : on a déjà mis une blinde, mais on jouera hors position après le flop. |
| BB | Big Blind | Position de défense : on a déjà investi une blinde et on doit décider de compléter, suivre, relancer ou abandonner. |
En 5-max, la logique reste la même, mais il y a une position de moins. On rencontre souvent UTG, CO, BU, SB et BB. Comme il y a moins de joueurs à parler derrière soi, les ranges d’ouverture sont naturellement plus larges qu’en table pleine. Le jeu devient plus dynamique, mais aussi plus exigeant : il faut mieux comprendre la valeur relative des mains selon la position.
Les ranges servent d’abord à structurer le jeu préflop. Elles permettent de savoir quelles mains ouvrir selon la position, quelles mains défendre en grosse blinde, quelles mains payer face à une relance, et quelles mains utiliser pour 3-bet. Elles aident aussi à repérer les erreurs fréquentes : ouvrir trop large en début de parole, défendre trop peu sa grosse blinde, payer trop souvent hors position, ou 3-bet uniquement avec des mains très fortes.
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En micro limites, cet aspect est particulièrement important. Beaucoup de joueurs débutants jouent des mains séduisantes mais dominées, comme des As faibles non assortis, des Rois mal accompagnés ou des connecteurs trop faibles hors position. Une range de travail permet de limiter ces erreurs.
Elle ne garantit pas de gagner chaque coup, mais elle évite de construire une stratégie sur des impressions.
Travailler avec des ranges, ce n’est donc pas apprendre une liste par cœur. C’est apprendre à associer une main, une position et une action possible. C’est le début d’un poker plus méthodique.
Une range n’est pas une loi gravée dans le marbre. C’est un outil de travail. Elle donne un cadre de départ, mais elle doit évoluer avec deux éléments essentiels : l’ambiance de la table et votre propre progression.
L’ambiance de la table change beaucoup de choses. Si les joueurs défendent trop peu leurs blindes, on peut ouvrir un peu plus large en position tardive. Si, au contraire, plusieurs joueurs paient trop souvent ou relancent beaucoup, il faut parfois resserrer sa range et privilégier les mains qui se jouent bien postflop. Une même main peut donc être une ouverture correcte à une table calme, mais devenir trop fragile à une table agressive.
Votre progression compte aussi. Un joueur débutant gagne souvent à utiliser des ranges plutôt serrées, avec des mains solides et faciles à jouer. Avec l’expérience, il devient possible d’élargir certaines positions, d’ajouter des mains plus spéculatives, de mieux défendre les blindes ou de construire des ranges de 3-bet plus équilibrées (un 3-bet est une sur-relance : préflop, il correspond à une nouvelle relance après une première relance adverse). L’objectif n’est donc pas de copier une range parfaite, mais de construire une base saine, puis de l’adapter progressivement.
On parle alors de range serrée lorsque peu de mains sont jouées, généralement des mains fortes ou faciles à jouer. À l’inverse, une range large contient davantage de mains, parfois plus marginales, qui demandent souvent une meilleure maîtrise postflop.
Le tableau suivant propose une base prudente pour débuter en micro limites sur des tables 6-max. Il concerne uniquement les situations où tous les joueurs avant vous ont passé. On parle alors d’open raise : vous êtes le premier joueur à e...
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