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Programme de mathématiques du cycle 4 : nouveaux textes, changements et regard d’un vieil enseignant

Les programmes de mathématiques du collège ont été actualisés par le Bulletin officiel n°10 du 5 mars 2026

Programme de mathématiques du cycle 4 : nouveaux textes, changements et regard d’un vieil enseignant

Ce nouveau programme de mathématiques du cycle 4 concerne les classes de 5e, 4e et 3e.

Le texte complet du programme est publié dans l’annexe suivante :

Programme de mathématiques du cycle 4 – texte officiel (PDF)

Ce document définit notamment :

L’entrée en vigueur du programme est progressive :

L’application est donc progressive, niveau par niveau.

I. Les nouveaux textes

Le programme de mathématiques du cycle 4 est publié dans le Bulletin officiel de l’Éducation nationale du 5 mars 2026.

Le texte s’inscrit dans la structure générale des programmes du collège et s’organise autour de trois éléments principaux :

Les compétences mathématiques

L’activité mathématique s’articule autour de six compétences :

Ces compétences constituent un cadre d’analyse des activités mathématiques menées en classe.

Les domaines d’étude

Les contenus mathématiques sont regroupés en cinq domaines :

Ces domaines structurent les apprentissages sur l’ensemble du cycle.

Le texte précise également plusieurs éléments transversaux :

II. Les changements

Le nouveau programme ne modifie pas l’architecture générale de l’enseignement des mathématiques au collège. En revanche, plusieurs évolutions apparaissent clairement dans la rédaction du texte.

Une rubrique explicite consacrée aux automatismes

L’une des nouveautés les plus visibles est l’apparition d’une rubrique intitulée « Automatismes ».

Cette rubrique précède les objectifs d’apprentissage et liste les savoir-faire qui doivent être acquis de manière fluide et durable.

L’objectif est de préciser ce qui doit être rapidement mobilisable par les élèves, notamment dans les domaines du calcul et des transformations mathématiques.

Cette structuration apparaît ici de manière plus explicite et plus immédiatement exploitable.

Une place plus structurée pour la pensée informatique

Le programme introduit la notion de pensée informatique.

Elle est définie comme une attitude intellectuelle fondée sur :

Le texte précise que ces activités peuvent être menées à l’aide de machines avec ou sans intelligence artificielle.

Cette formulation élargit le cadre de l’algorithmique, déjà présent dans les programmes antérieurs.

Une ouverture culturelle plus explicite

Le programme comporte une rubrique intitulée :

« Prolongements possibles : mises en perspective historiques ou culturelles »

L’objectif est d’inscrire certains apprentissages dans l’histoire des mathématiques ou dans des contextes scientifiques plus larges.

Cette dimension était déjà présente dans l’esprit des programmes précédents, mais elle est ici explicitement formalisée dans la structure du texte.

Une référence explicite aux enjeux contemporains

Le texte mentionne également l’importance de relier certains problèmes mathématiques à des enjeux actuels, notamment :

Il s’agit d’inscrire les mathématiques dans une démarche éducative plus large, en lien avec les problématiques du XXIᵉ siècle.

III. Regard d’un vieil enseignant

Après plus de trente années d’enseignement des mathématiques au collège, la lecture de ce programme appelle quelques remarques.

D’abord, il faut rappeler une évidence : les programmes évoluent régulièrement, mais le cœur de l’enseignement des mathématiques change beaucoup moins qu’on ne l’imagine.

Les élèves doivent toujours apprendre à :

Sur ce point, rien ne remplace la pratique régulière et la confrontation à des problèmes.

Automatismes : utiles… à condition de ne pas oublier le sens

La mise en avant des automatismes dans le programme peut constituer un outil intéressant.

Des techniques bien maîtrisées permettent en effet de libérer l’attention de l’élève pour le raisonnement. Un calcul qui ne demande plus d’effort particulier laisse davantage de place à la compréhension du problème.

Cependant, ces automatismes ne doivent pas se transformer en simple accumulation d’exercices mécaniques. Leur rôle est précisément de soutenir la réflexion, et non de s’y substituer.

La pensée informatique : bien plus que programmer

Dans ce nouveau texte, un point retient particulièrement mon attention : la place donnée à la pensée informatique.

Le programme la présente comme une manière de raisonner consistant à décomposer un problème, formaliser une procédure et l’exécuter de manière systématique.

Autrement dit, il ne s’agit pas seulement d’apprendre à utiliser un logiciel ou à écrire quelques lignes de code. Il s’agit de développer une forme de rigueur intellectuelle très proche de celle des mathématiques.

Lorsqu’on écrit un algorithme, on doit :

Ces exigences rejoignent directement celles du raisonnement mathématique.

Algorithmique et mathématiques : une proximité naturelle

Pour un enseignant de mathématiques, l’algorithmique n’est pas un domaine étranger. Elle prolonge au contraire des pratiques anciennes de la discipline.

L’informatique permet simplement de rendre ces démarches plus explicites et plus expérimentales.

Blocs ou langage textuel ?

Le programme évoque l’introduction progressive des concepts de programmation impérative par blocs.

Il faut toutefois être précis : aucun langage de programmation n’est imposé par les textes officiels. Le programme ne cite ni Scratch, ni Python, ni aucun environnement particulier.

La référence à la programmation par blocs correspond plutôt à une orientation pédagogique destinée à faciliter une première approche de la programmation pour des élèves de collège.

De Scratch à Python

Pour ma part, ayant toujours eu un intérêt particulier pour l’algorithmique, j’ai souvent cherché à prolonger ces activités par l’usage d’un langage textuel, en particulier Python.

Ce choix ne contredit pas les objectifs du programme. Les notions travaillées restent exactement les mêmes :

La différence tient essentiellement à la forme d’écriture.

Un langage textuel comme Python présente même certains avantages pédagogiques :

Une opportunité pour les mathématiques

La présence explicite de la pensée informatique dans le programme constitue donc, à mes yeux, une évolution intéressante.

Elle rappelle que les mathématiques ne sont pas seulement une discipline scolaire, mais aussi un langage pour décrire et résoudre des problèmes, qu’ils soient scientifiques, techniques ou informatiques.

Pour ceux qui, comme moi, ont toujours apprécié l’algorithmique et les raisonnements structurés qu’elle impose, cette ouverture constitue une occasion stimulante de montrer aux élèves que les mathématiques peuvent être à la fois abstraites, rigoureuses… et très concrètes.

Les programmes évoluent, les formulations changent, mais l’essentiel demeure : apprendre aux élèves à chercher, à raisonner et à comprendre ce qu’ils font. Sur ce point, l’expérience montre qu’aucun texte officiel ne remplacera jamais le travail patient de la classe.

Les programmes passent. Le raisonnement, lui, reste.

À propose de la géométrie

Un point mérite également d’être mentionné à propos de la géométrie. Dans les programmes récents du cycle 3, plusieurs propriétés classiques ne sont plus formulées explicitement sous forme de théorèmes. Des résultats autrefois très présents dans l’enseignement élémentaire — par exemple la propriété selon laquelle deux droites perpendiculaires à une même troisième sont parallèles — ne figurent plus comme énoncés à connaître. Dans le programme du cycle 4, ces propriétés ne sont pas davantage listées explicitement : le texte insiste surtout sur les capacités de raisonnement, de construction et de démonstration, sans proposer un corpus précis de résultats géométriques.

Cette évolution peut être interprétée comme un déplacement de l’accent, du catalogue de théorèmes vers l’activité de démonstration elle-même. Elle pose néanmoins une question plus large : la géométrie euclidienne s’est historiquement construite sur un système axiomatique et sur un ensemble structuré de propriétés déduites de ces axiomes.

Si l’on s’éloigne progressivement de cette organisation explicite, il faudra veiller à ce que la cohérence interne de la géométrie — qui repose précisément sur cette architecture logique — reste perceptible pour les élèves.

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